Comment une CPIP a embarqué la moitié de son service sur Les Emplois de l'inclusion
Conseillère pénitentiaire d'insertion et de probation (CPIP) au SPIP d'Eure-et-Loir, Yuna Sourdain a découvert Les Emplois de l'inclusion seule, par curiosité. Aujourd'hui, c'est elle qui forme ses collègues.
Son parcours montre comment les professionnels de la justice investis dans l’accompagnement et la réinsertion peuvent se saisir des outils numériques pour renforcer leurs pratiques au quotidien.
Publié le mardi 19 mai 2026
CPIP : un métier au croisement de la justice et de l'insertion professionnelle
Quand on cartographie les métiers de l'insertion professionnelle, les conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation (CPIP) figurent rarement en haut de la liste. Pourtant, près de 5 000 d'entre eux exercent en France, aux côtés des conseillers France Travail, des missions locales et des conseillers en insertion professionnelle (CIP). Leur mission centrale : prévenir la récidive des personnes placées sous main de justice (PPSMJ).
Répartis dans 103 services pénitentiaires d'insertion et de probation (SPIP), ils interviennent à deux niveaux :
- En milieu fermé (détention) : les CPIP accompagnent les personnes pendant leur peine et préparent leur sortie (logement, soins, formation, emploi).
- En milieu ouvert : les CPIP accompagnent les personnes qui font l'objet d'une mesure restrictive ou privative de liberté (travail d'intérêt général (TIG), sursis probatoire, bracelet électronique, libération conditionnelle).
La mission des CPIP s'articule autour de deux axes fondamentaux :
- La probation : Veiller au respect des obligations imposées par l’autorité judiciaire (parmi plus d’une trentaine de mesures possibles, comme l'obligation de soins ou l'indemnisation des victimes).
- L’insertion : Accompagner la personne dans ses démarches concrètes (logement, santé, situation administrative, emploi) pour lui permettre de se reconstruire et de se réintégrer.
Cette double casquette vise un objectif unique et prioritaire : la prévention de la récidive. Et comme le rappelle Yuna Sourdain, CPIP à Chartres, le travail en est un pilier central :
« Parmi les facteurs de protection qui permettent d'empêcher que les PPSMJ récidivent, il y a notamment l'insertion socio-professionnelle. Le TIG en est un bon exemple : bien que ce soit une peine, c'est aussi un vecteur de réinsertion professionnelle. Pour les personnes qui n'ont pas travaillé depuis des années et qui ont perdu confiance en elles, c'est un moyen de remettre un pied à l'étrier. » - Yuna Sourdain, CPIP en milieu ouvert au SPIP d’Eure-et-Loir
Les Emplois de l'inclusion, un réflexe dès le premier entretien
Pour optimiser le suivi en milieu ouvert, de nombreux CPIP, comme Yuna Sourdain, choisissent d’orienter vers l'insertion par l'activité économique (IAE) dès la phrase d’évaluation initiale.
Lorsque le dossier d'une personne condamnée leur est affecté, le premier rendez-vous est traditionnellement dédié au diagnostic socio-professionnel : où en est la personne, quels sont ses freins, ses ressources, ses projets. C’est à ce moment, en identifiant les profils les plus fragiles, que le Contrat à Durée Déterminée d’Insertion (CDDI) peut être activé comme un levier immédiat.
Proposé par les structures de l'insertion par l'activité économique (SIAE), le CDDI est un levier particulièrement adapté aux personnes très éloignées de l'emploi : il combine remise en activité, accompagnement social et perspective de transition vers un emploi durable.
C'est précisément là qu'interviennent (Ouvre une nouvelle fenêtre) Les Emplois de l'inclusion : la plateforme numérique de référence pour orienter une personne vers une SIAE de son territoire. En quelques clics, un prescripteur habilité - comme un CPIP - peut identifier les structures locales, leurs offres, et candidater pour la personne qu'il accompagne.
Pour Yuna, ce levier est devenu un réflexe :
« Très régulièrement, dès le premier entretien, je parle de CDDI. Quand je vois que la personne est très éloignée de l'emploi depuis des années et qu'elle n'arrive pas à accrocher - que ce soit avec France Travail, la mission locale, l'intérim - je pars sur cette option. »
Sans cet outil, elle butait sur une difficulté que connaissent beaucoup de CPIP :
« Je ne suis pas conseillère France Travail ou mission locale, donc je ne connais pas tous les dispositifs qui existent. Le fait d'avoir au moins les CDDI, ça me permet de savoir les missions, les horaires, ce qui peut être adapté à chaque personne. »
Cette anticipation dès le premier entretien produit parfois des résultats spectaculaires. Yuna Sourdain en a eu la preuve le matin même de notre échange, en recevant la confirmation qu’une personne qu'elle accompagne venait d'être acceptée en CDDI dans une SIAE locale.
« Ça faisait 20 ans qu'elle n'avait pas travaillé. Elle a d'abord fait un TIG dans une SIAE où elle devait être au boulot de 6h30 jusqu’à 15h30. Aujourd'hui, elle a décroché un CDDI dans la même structure où elle a fait son TIG. Parfois les TIG sont considérés par les SIAE comme des périodes d’essais avant un éventuel CDDI. »
- CPIP en milieu ouvert à Chartres
Lever les freins et embarquer ses collègues CPIP : 3 enseignements terrain
Yuna n'a pas suivi de formation officielle aux Emplois de l'inclusion. Elle s'est lancée seule, par curiosité, comme avec la plupart des outils numériques. Une fois à l'aise sur l’outil, elle en a parlé à ses collègues une fois, deux fois, dix fois. Aujourd'hui, ce sont eux qui viennent la chercher dans leur bureau pour un pas-à-pas.
Au SPIP 28, sur les 20 CPIP en milieu ouvert, une petite dizaine utilise désormais les Emplois de l'inclusion. En milieu fermé, l'adoption est quasi totale. Yuna a tiré trois enseignements de cette diffusion :
- Rassurer face à la nouveauté : « Le changement peut faire peur, et il y a parfois un manque de confiance envers l'informatique », observe Yuna. Présenter l'outil à travers un cas d'usage réel et de manière très progressive permet de faire tomber ces barrières psychologiques.
- Assumer les irritants techniques, et les contourner. Pas question de survendre l'outil. Yuna partage les limites — et ses astuces. "On ne peut pas maintenir plusieurs candidatures pour un même candidat. À chaque fois, on doit remettre le numéro de sécurité sociale, refaire tout le diagnostic. Moi, je fais des copier-coller sur Word, comme ça je gagne du temps." Une remontée que les équipes produit de La Plateforme suivent de près.
- Faire la démonstration par le terrain. Le vrai argument, c'est le résultat concret. Les personnes acceptées en SIAE qui reviennent satisfaites à leur entretien suivant. La fluidité des échanges avec les structures. La possibilité d'orienter directement, sans renvoyer la personne de guichet en guichet.
« Avant, on disait à la personne : allez voir votre conseiller France Travail ou votre assistante sociale. Aujourd'hui, on sait quelles SIAE existent près de chez elle. On peut orienter directement. »
Au-delà de l'emploi : DORA pour cartographier les services d'insertion du territoire
Le travail des CPIP ne se limite pas à l'insertion professionnelle. Les personnes accompagnées cumulent souvent plusieurs freins : mobilité limitée - particulièrement sensible en Eure-et-Loir où les transports en commun font défaut -, logement précaire, accès aux droits compliqué. L'emploi seul ne suffit pas.
C'est là que (Ouvre une nouvelle fenêtre) DORA entre en jeu : un service de La Plateforme de l'inclusion qui recense les structures d'accompagnement disponibles sur chaque territoire, sur tous les volets (logement, santé, mobilité, budget, accès aux droits…).
Yuna l'a découvert récemment, et l'a immédiatement partagé à ses collègues.
« Il y a un catalogue important de partenaires qu'on ne connaissait pas. Je trouve ça très intéressant pour notre pratique au quotidien. »
Aujourd'hui, moins d'un CPIP sur cinq utilise activement les services de La Plateforme de l'inclusion. Pourtant, pour Yuna, la question ne se pose même pas, elle est dans la définition du métier :
« On est conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation. Donc si les aider à s'insérer dans le travail, ce n'est pas de l'insertion, je ne comprends pas trop. »
Le métier d'accompagnement judiciaire évolue. Les professionnels sont de plus en plus invités à s'appuyer sur la criminologie et les « facteurs de protection » pour éviter la récidive. L'insertion socio-professionnelle en est l'un des piliers majeurs.
« Cet outil n’est pas magique, conclut Yuna, mais il contribue concrètement à éviter la récidive, il fait gagner du temps et il permet de maîtriser son territoire. Il faut y aller ! »
Vous êtes CPIP et vous souhaitez découvrir (Ouvre une nouvelle fenêtre) Les Emplois de l'inclusion ou (Ouvre une nouvelle fenêtre) DORA ?
(Ouvre une nouvelle fenêtre) Rendez-vous ici pour en savoir plus sur nos services.
Merci à Yuna Sourdain pour son temps et sa disponibilité, ainsi qu'à Nadège V. pour la mise en relation.