Pourquoi le Marché de l’inclusion n’est pas devenu payant : retour sur plusieurs années d’expérimentations
Depuis 2023, la question revient régulièrement : faut-il rendre le (Ouvre une nouvelle fenêtre) Marché de l’inclusion payant ?
À première vue, l’idée peut sembler logique. Un produit utilisé par des milliers d’acheteurs, qui crée de la valeur pour les structures inclusives, devrait pouvoir être monétisé.
Pourtant, la réalité est plus complexe.
Voici un retour complet et chronologique sur ce que nous avons testé, appris et réorienté au fil des années.
Publié le lundi 26 janvier 2026
1. Le point de départ : l’hypothèse d’un Marché de l'inclusion payant
Il y a déjà plusieurs années, bien avant 2023, nous avions commencé à réfléchir sérieusement à la monétisation du Marché de l’inclusion.
À l’époque, l’équipe était plutôt alignée sur une idée :
Un modèle payant pourrait être viable… mais uniquement si certaines conditions étaient réunies.
Avant de basculer brutalement vers un produit payant, nous voulions donc dérisquer trois hypothèses fondamentales :
- Est-ce qu’un accès restreint augmenterait la valeur perçue du Marché ?
- Est-ce que les acheteurs manifesteraient une tension réelle, un besoin suffisamment fort pour accepter de « payer » en temps ou en engagement ?
- Est-ce qu’un embarquement commercial (onboarding) obligatoire améliorerait l’usage et la rétention ?
Pour répondre à ces questions, nous avons décidé de tester une première mécanique.
2. Premier test grandeur nature : l’embarquement (onboarding) obligatoire
L’idée était simple :
- Un acheteur s’inscrit sur le Marché de l'inclusion.
- Au lieu d’accéder directement à l’outil, il arrive sur une page de prise de rendez-vous.
- Il doit réserver un créneau avec un commercial pour débloquer son accès.
- Ce rendez-vous sert à :
- présenter la valeur du Marché de l'inclusion ;
- accompagner la prise en main ;
- et si possible remonter rapidement à un décideur pour enclencher une convention de partenariat.
En résumé : pas de rendez-vous = pas d’accès au produit.
C’était une manière douce de tester l’appétence au paiement sans demander d’argent : mesurer si les acheteurs étaient prêts à investir de son temps pour activer son accès à l’outil.
3. Résultat du test : un échec clair
Après plusieurs mois d’expérimentation, les conclusions ont été sans ambiguïté :
- La valeur perçue du Marché de l'inclusion n’a pas augmenté.
- Très peu d’acheteurs ont accepté de prendre rendez-vous simplement pour accéder à l’outil.
- Le taux de conversion des rendez-vous vers un usage réel était faible.
- La remontée vers les directeurs achats s’est révélée très difficile à systématiser.
Autrement dit :
Nous n’avons pas observé de tension suffisante, ni d’envie forte, ni de besoin assez prioritaire pour justifier un paiement – ni même un embarquement (onboarding) obligatoire.
Cet apprentissage a été structurant.
Il a révélé un point essentiel : le périmètre insertion par l'activité économique ( (Ouvre une nouvelle fenêtre) IAE) et handicap, pris isolément, n’est pas perçu comme un sujet prioritaire par la majorité des directions achats.
4. Le vrai problème : un périmètre trop étroit
En analysant les pratiques des acheteurs, notamment à travers les schémas de promotion des achats socialement et écologiquement responsables ( (Ouvre une nouvelle fenêtre) SPASER) et les politiques achats responsables, un constat s’est imposé :
les directions achats ne raisonnent pas uniquement en “inclusion sociale”.
Leur vision des achats responsables est beaucoup plus large et englobe :
- l’ensemble de l’Économie sociale et solidaire (ESS),
- la performance environnementale,
- la gouvernance des fournisseurs,
- l’égalité femmes-hommes,
- la chaîne d’approvisionnement,
- les conditions de travail,
- et plus globalement l’ensemble des critères Responsabilité sociétale des entreprises ( (Ouvre une nouvelle fenêtre) RSE).
Dans ce contexte, un outil centré uniquement sur l’IAE et le handicap apparaît comme un outil de niche, utile, mais secondaire.
Difficile dans ces conditions d’en faire un produit payant incontournable.
5. Changement de cap : ne plus monétiser “tout” le Marché de l’inclusion
À partir de ces enseignements, nous avons fait évoluer notre stratégie.
Plutôt que de chercher à rendre payant l’accès global au Marché, nous avons décidé d’explorer une autre voie : monétiser des briques fonctionnelles premium répondant à des besoins précis.
Deux premiers services ont été imaginés :
1. Le tableau de bord de la part d’achat inclusif
> un outil qui analyse et calcule la part des achats d’une entreprise déjà fléchée vers des fournisseurs inclusifs.
2. L’analyse du potentiel inclusif de la programmation achats,
> un outil qui détermine le potentiel inclusif d’un projet d’achat.
Ces briques sont nées de trois sources :
- des besoins exprimés par nos commerciaux ;
- des prestations déjà vendues par des cabinets de conseil ;
- des attentes concrètes des directions achats, notamment dans le cadre des SPASER.
Nous avons donc commencé à les commercialiser.
6. Premiers résultats commerciaux : une traction réelle… mais limitée
Ces fonctionnalités premiums ont trouvé leurs premiers clients :
- Région Bretagne
- 1001 Vies Habitat
- Alstom
- Maif
- Leroy Merlin
Donc oui : ces services se vendent.
Mais plusieurs limites sont rapidement apparues :
- une prospection très exigeante ;
- un coût d’acquisition client élevé ;
- des cycles de vente longs ;
- une traction encore trop faible pour en faire un modèle scalable à court terme.
7. Un apprentissage majeur : nous ne sommes pas un produit “product-led growth” (c’est-à-dire dont la croissance est basée sur l'utilisation du produit)
Un autre enseignement clé est apparu au fil des tests : Le Marché de l’inclusion ne se diffuse pas comme les outils Slack, Notion ou Figma.
Ce n’est pas un outil qui se propage organiquement d’utilisateur en utilisateur au sein des organisations.
Au contraire :
- c’est un produit qui nécessite une vente complexe,
- souvent auprès de décideurs (directeurs achats),
- avec des cycles longs,
- et une démarche commerciale structurée.
Or, historiquement, notre culture est celle d’un service public numérique gratuit, déployé largement, et non celle d’une solution logicielle business to business (d’une entreprise à d'autres entreprises) complexe à vendre.
Ce décalage explique en grande partie la difficulté à monétiser massivement l’outil.
8. Le pivot stratégique : intégrer le Marché de l’inclusion dans les logiciels achats
Face à ces constats, une évidence s’est imposée progressivement : plutôt que d’essayer de faire adopter un nouvel outil aux acheteurs, pourquoi ne pas intégrer nos fonctionnalités directement dans les outils qu’ils utilisent déjà ? C’est la naissance du projet de Commun numérique des achats inclusifs.
L’idée est simple :
- APIsé* le sourcing inversé,
- APIsé l’analyse du potentiel inclusif,
- APIsé le calibrage de la clause sociale,
**Une API (*application programming interface ou « interface de programmation d'application ») est une interface logicielle qui permet de « connecter » un logiciel ou un service à un autre logiciel ou service afin d'échanger des données et des fonctionnalités.
Une fois ceci mis en place, proposer ces services aux éditeurs de logiciels achats, ces derniers adressant déjà une part massive du marché :
- Okaveo : ~10 000 acheteurs
- AWS Solutions : ~40 000 acheteurs
- Silex, Oalia, Ivalua, Jaggaer, Ariba : des milliers d’utilisateurs chacun
Au total, ils couvrent probablement 40 à 50 % des acheteurs publics et privés en France.
D’un point de vue stratégique, c’est beaucoup plus puissant :
- on s’intègre aux usages existants ;
- on touche massivement les acheteurs sans force commerciale démesurée ;
- on devient une brique nationale de référence ;
- et on construit un modèle économique plus stable, porté par les éditeurs.
Conclusion : où en sommes-nous aujourd’hui ?
Après plusieurs années d’expérimentations, d’essais et d’apprentissages, le constat est désormais assez clair.
1. Rendre tout le Marché de l’inclusion payant ?
👉 Très faible probabilité de succès
Périmètre trop niche, tension utilisateur insuffisante.
2. Monétiser des fonctionnalités premium ?
👉 Possible, mais :
- demande une force commerciale importante,
- génère une traction encore trop limitée.
3. Intégrer nos briques dans les logiciels achats ?
👉 La voie la plus réaliste, scalable et pérenne.
C’est aujourd’hui le cap stratégique que nous privilégions : devenir le référent national des achats inclusifs, non pas comme un outil isolé, mais comme une brique intégrée au cœur de l’écosystème des achats.
Le chemin est encore long, mais l’histoire de ces dernières années nous a permis d’y voir beaucoup plus clair.
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