Comment améliorer la qualité d’un annuaire public : ce que révèle l’analyse des 25 000 services d’insertion référencés sur DORA
Offres hors sujet, prestations payantes douteuses : sur l’annuaire DORA, les bruits de couloir s’amplifiaient. Cet été, une partie de l'équipe a passé plusieurs semaines à les confronter aux données. Verdict : un annuaire bien moins pollué qu'annoncé, mais des zones grises qui demandent un vrai travail de fond.
Publié le mercredi 4 novembre 2026
Quelques fiches douteuses suffisent à entamer la confiance dans tout un annuaire. Un conseiller qui tombe une fois sur une offre de pseudo-thérapie hésitera la prochaine fois avant d'orienter quelqu'un. Pour un service public, cette confiance n'est pas un détail. C'est ce qui fait qu'un outil est utilisé, ou non.
(Ouvre une nouvelle fenêtre) DORA recense près de 25 000 services d'insertion, portés par plus de 26 500 structures (données de juin 2026). Ce sont les structures elles-mêmes et les gestionnaires de territoire qui créent et mettent à jour les fiches de chaque service référencé. C'est la force de l’annuaire : l'offre est décrite par celles et ceux qui la connaissent. Et c'est aussi sa fragilité.
Cette fragilité pèse d’autant plus que les fiches ne restent pas que sur DORA : via (Ouvre une nouvelle fenêtre) data·inclusion, elles alimentent aussi les outils métiers des travailleurs sociaux, de France Travail et d'autres éditeurs. Une erreur sur DORA se retrouve donc ailleurs. En tant que producteur de données, DORA porte une responsabilité qui dépasse ses propres utilisateurs.
Ce que révèle l'analyse de l'annuaire DORA : des problèmes réels, mais rarement frauduleux
L'analyse menée a fait remonter trois types de problèmes.
- Des services clairement hors périmètre, comme les formations qualifiantes et certifiantes, qui n'ont pas leur place dans DORA.
- Des fiches incohérentes, dont les informations se contredisent. Un exemple parmi d’autres : de l’ordre de 200 services déclarés gratuits mentionnent pourtant un montant en euros dans le détail de leurs tarifs.
- Quelques offres commerciales vraisemblablement trompeuses, comme de la pseudo-thérapie.
Ces services réellement suspects, ceux qui nourrissent les bruits de couloir, représentaient moins d’une vingtaine de fiches sur près de 25 000. Certains, déjà modérés par le passé, restaient accessibles depuis les moteurs de recherche. Ils ont tous été supprimés de l’annuaire.
La bonne nouvelle est donc là : l’annuaire n'est pas massivement pollué. La moins bonne, c'est que le vrai sujet se trouve ailleurs.
Formations, bilans de compétences, coaching : les zones grises du référencement
Formations, bilans de compétences, coaching, c'est sur ces offres que la frontière devient floue. Certaines ont toute leur place dans un parcours d'insertion. Pour d'autres, la question se pose, notamment lorsqu'elles sont onéreuses.
Pour les repérer automatiquement, nous comptions sur les informations saisies dans les fiches. Mauvaise surprise : ces données sont presque entièrement déclaratives. A date, 95,7 % des services sont saisis directement sur DORA par les structures, sans contrôle tiers. Et les informations saisies ne sont pas assez fiables pour baser dessus un algorithme de modération automatique.
La raison est simple. Le formulaire de création de service est complexe. Face à une longue liste d'options, il arrive que l’utilisateur choisisse simplement la première. Résultat : des services peuvent se retrouver rattachés à une typologie qui ne leur correspond pas du tout. Quand cela arrive, ce n’est pas anecdotique.
Prenons un exemple. Lorsqu'une structure crée sa fiche, elle doit préciser de quel type de structure il s'agit (association, centre social, Mission Locale…) en choisissant parmi près de 90 options. L'AFPA, l'organisme public de formation professionnelle des adultes, figure parmi les premiers types de structure de la liste. Résultat : 7 structures sur 10 qui se sont déclarées comme relevant de l'AFPA n'ont en réalité aucun lien avec elle.
Ce n'est pas de la négligence. C'est un signal de conception. Quand un outil public génère des erreurs en série, c'est d'abord à l'outil de changer.
Les actions mises en place pour améliorer la qualité des services référencés
Des vagues de modération, avec l'IA et surtout avec des humains
Aucun critère ne permet à lui seul de repérer une offre qui n'a pas sa place sur l’annuaire DORA. Nous avons donc combiné plusieurs indices, comme un tarif incohérent, un vocabulaire très commercial ou pseudo-scientifique, une offre proposée à distance sur toute la France, ou encore un site web qui contredit les informations de la fiche. Ces indices sont définis par notre équipe à partir de son expérience. Puis Autometa, notre outil interne d'analyse, se charge de les rechercher dans l'annuaire. Ce sont ensuite les membres de l'équipe qui vérifient les résultats fiche par fiche, en consultant le service, le site de la structure ou toute autre source disponible, avant de trancher.
Cette vérification manuelle est chronophage. C'est pourquoi nous modérons par petites vagues. Le travail est entamé mais n’est pas terminé, il se fera au long cours. Avant toute suppression, les structures et les gestionnaires de territoire concernés sont prévenus et disposent de quinze jours pour faire valoir leur point de vue.
Un formulaire de référencement plus simple, grâce à un référentiel de données partagé
Si le formulaire produit des erreurs, c’est lui qu’il faut simplifier. Nous avons alors décidé depuis mi-octobre 2026 de migrer DORA vers le nouveau (Ouvre une nouvelle fenêtre) schéma de données de data·inclusion, le référentiel partagé de l’offre d’insertion entre les outils du secteur. Moins de champs, des choix plus clairs, notamment sur le public visé par le service. C’est l’une des informations les plus utiles pour les utilisateurs.
Des données importées mieux ciblées
Une partie des formations remonte automatiquement depuis les (Ouvre une nouvelle fenêtre) Carif-Oref. L’analyse y a repéré des offres hors périmètres, comme des cursus universitaires ou des formations paramédicales. Nous avons affiné les filtres pour ne garder que ce qui sert l'insertion professionnelle : alphabétisation, français langue étrangère (FLE), lutte contre l’illettrisme, remise à niveau en français et en calcul, et préparation au certificat CléA, qui atteste des compétences professionnelles de base.
Selon nos estimations, environ un tiers des formations importées automatiquement sont ainsi écartées, sans aucune perte sur ces thématiques.
Une question encore ouverte : quels services ont leur place sur DORA ?
La question la plus structurante n'est pas technique. Rendre l'offre d'insertion visible et mobilisable fait partie des missions fixées à La plateforme de l'inclusion depuis 2022, au lancement du (Ouvre une nouvelle fenêtre) service public de l’insertion et l’emploi (SPIE). Il a été réaffirmé avec la création du (Ouvre une nouvelle fenêtre) Réseau pour l’Emploi.
Encore faut-il s’accorder sur ce qu’est une offre d’insertion et ouvrir le débat : qu'est-ce qui a sa place dans DORA ? Interrogés lors d’un sondage, les utilisateurs se montrent partagés.
Certains voudraient voir dans DORA toute l'offre disponible, y compris des formations ou des bilans de compétences payants : une responsable associative trouve ainsi « pratique d'avoir l'ensemble des possibles pour être plus réactive dans nos accompagnements ». D'autres souhaitent au contraire réserver l'annuaire aux services destinés aux publics les plus précaires, pour qui ce type d'offre reste hors de portée.
« Nous accompagnons un public très éloigné de l'emploi et ils ont déjà des difficultés à réaliser leurs démarches administratives en ligne, alors un bilan de compétences… »
Le débat traverse même les réseaux. Une conseillère Cap emploi estime qu'« un bilan de compétences, ça concourt à l'inclusion professionnelle ». Une autre ne consulte pas DORA pour de la formation : pour elle, l'outil sert avant tout à trouver « des solutions locales sur les freins périphériques sociaux ». Les pratiques de référencement varient aussi d'un territoire à l'autre, selon la sensibilité des gestionnaires de territoire qui animent l'offre.
Ce débat n'est pas clos, et il est sain. Il dit quelque chose d'un service public numérique : ses règles ne se décrètent pas seules, elles se construisent avec celles et ceux qui l'utilisent.
En nous appuyant sur les résultats de ce sondage, ainsi que sur la dernière vague de modération, nous avons précisé les règles de référencement : pas de formations qualifiantes ou certifiantes, pas de formations professionnelles classiques (création d'entreprise, management…), pas de prestations payantes que des acteurs publics proposent gratuitement. Ces repères sont désormais publiés pour (Ouvre une nouvelle fenêtre) les structures et pour (Ouvre une nouvelle fenêtre) les gestionnaires de territoire dans le centre d’aide de DORA.
La qualité de l’annuaire, un travail continu
Sur un annuaire aussi vaste, alimenté par des milliers d'acteurs, viser zéro erreur n'aurait pas de sens. La qualité de l'offre ne se règle pas en une opération ponctuelle. Elle se travaille au fil de l'eau.
Deux questions guident désormais ce travail :
- Sur l'existant : comment repérer automatiquement les erreurs pour modérer vite et bien ?
- Sur les nouveaux services : comment éviter les erreurs dès la saisie ?
C'est aussi ça, le numérique d'intérêt général. Regarder les données en face, même quand elles bousculent les idées reçues, et corriger l'outil plutôt que blâmer ceux qui l'utilisent.
DORA et data·inclusion, en bref
DORA est le service numérique de La plateforme de l'inclusion qui aide les professionnels de l'accompagnement à rechercher des services d'insertion sur leur territoire : mobilité, famille, handicap, numérique…
data·inclusion est le commun numérique de l'offre d'insertion. Il rassemble les données de plusieurs sources, dont DORA, dans un format standardisé. Il les met ensuite à disposition des outils du secteur, via une API et en open data.